Les Charbonniers ont allumé leurs meules

L’association des Charbonniers du Fleckenstein a allumé ses deux meules ce jeudi 1er octobre peu après minuit. Juste après la fin de l’arrêté interdisant de faire du feu à proximité des forêts (et quand bien même aucune flamme n’est produite). Les conditions météorologiques douces ont accéléré le processus et donné du travail aux membres de l’association qui vont se relayer jour et nuit jusqu’au 11 octobre pour faire perdurer la tradition.

Des tours de garde pour surveiller la carbonisation

Ils sont trois charbonniers ce jeudi 1er octobre à surveiller les deux meules fumantes de 20 stères de bois chacune : Bernard Spill, membre fondateur de l’association il y a 25 ans, qui apprécie la bonne entente avec les copains et « aimerait bien que le métier de nos ancêtres ne disparaisse pas » ; Claude Lehmann, membre depuis sa retraite il y a 10 ans pour « perpétuer la tradition » ; et Jeannot Fumaneri, membre depuis 10 ans également, qui apprécie les retrouvailles lors de la quinzaine des Charbonniers.


Les charbonniers sont toujours à trois ou quatre pour surveiller les deux meules fumantes.

Leur tour de garde, qui a commencé à 8 h du matin, s’achèvera à 20 h, lorsque l’équipe de nuit prendra la relève. Ce matin-là, le vent, souffle sur les dômes embués de blanc, changeant régulièrement de direction. « S’il y a trop de vent, la combustion peut se mettre en route. Il faut alors fermer des évents [trous, ndlr] en bas pour que moins d’oxygène rentre. Éventuellement monter au sommet de la meule pour la tasser. Puis ouvrir d’autres trous pour réguler », explique Bernard Spill.

Signe qu’une combustion a remplacé la pyrolyse : de la fumée bleutée s’échappe de la meule. Les charbonniers, qui couvent leur travail du regard, bouchent le trou soit en tapant la construction de leur pelle, soit en ajoutant une motte de terre si le trou est trop grand.

Bien bombée avant leur allumage, l’une des deux meules affiche déjà une mine creusée. « Ce qui sort, c’est de la vapeur d’eau. Automatiquement, ça crée un vide », explique Bernard Spill. Les veilleurs ont déjà rajouté du bois pour combler en partie ce vide et éviter qu’un trou de trop grande taille se forme, déséquilibrant par là même le processus de carbonisation qui doit être homogène…

Un processus accéléré par la chaleur ambiante

Comme chaque année, les Charbonniers du Fleckenstein ont allumé deux meules visant à produire du charbon de bois. Les deux meules ont été allumées à quelques heures d’intervalle, la première peu après minuit ce 1er octobre. Une date retenue car l’arrêté préfectoral interdisant de faire du feu à moins de 200 mètres de la forêt prend fin le 30 septembre. Et quand bien même les Charbonniers ne font pas de feu mais une pyrolyse. La carbonisation a démarré sur les chapeaux de roues. « Nous avons été estomaqués par la rapidité. La deuxième partie de la nuit était sportive, il fallait intervenir tout le temps », partage Charles Schlosser, président de l’association.

Pour le président des Charbonniers, c’est du jamais vu. Tout comme les 20 degrés qui régnaient à 5 h du matin. « La chaleur accélère le processus. Comme ça va plus vite, il faut faire plus attention, poursuit-il. En 2003, on avait la même configuration mais nous avions allumé la meule fin juillet. Là nous sommes début octobre, et les deux derniers mois étaient très chauds, sans pluie. Le bois est très sec. »

En raison de cette sécheresse, les Charbonniers arrosent régulièrement la meule pour éviter qu’elle ne dessèche trop vite et pour qu’elle reste étanche.

Les meules ouvertes le 11 octobre

Il se pourrait que la carbonisation dure moins que les huit jours habituels. Pour autant, les meules resteront fermées jusqu’au week-end du 10 octobre. Une première ouverture est prévue le samedi, mais le gros du travail de récolte et d’ensachage du charbon de bois aura lieu le dimanche 11 octobre dès 6 heures du matin.

« Quand on ouvre la meule, la braise est à 500 degrés, explique Bernard Spill. Il faut toujours couvrir jusqu’à la fin sinon on n’a pas de charbon, mais de la cendre. On sort un premier cercle et on referme aussitôt. » Chaque cercle de charbon est éloigné de la meule pour refroidir au contact de la terre et faire de la place au cercle suivant qui sera extrait. L’ouverture des meules mobilise largement les membres de l’association qui se font un plaisir d’expliquer cette tradition aux visiteurs.

Texte et photos : DNA – Véronique Kohler (01 octobre 2026)