Une tradition menacée

C’est une tradition, qui n’a pas eu lieu après Noël. Depuis l’an 2000, les Charbonniers du Fleckenstein avaient pour habitude de couper, durant « la petite année » entre Noël et Nouvel An, le bois servant à construire les deux meules carbonisées l’été au cours de leur Semaine des charbonniers, qui attire toujours beaucoup de visiteurs. Soit 80 stères de bois.

Des conditions désagréables en octobre

Après l’interdiction préfectorale l’an dernier d’allumer leurs meules en juillet et encore dans l’attente de la décision de la préfecture fixant les conditions de la Semaine des charbonniers de l’été prochain, l’association s’est résolue à ne pas fendre en bûches le hêtre de la forêt locale. Si meules il devait y avoir cet été, elle utilisera sa réserve de 60 stères pour les monter.

Si la préfecture maintient son interdiction du 15 mars au 15 octobre, les Charbonniers pourraient allumer leur meule soit au début du printemps, soit à la fin de l’automne. Une période durant laquelle la nuit dure encore de longues heures. En 2023, la meule avait été allumée le 15 octobre, dans des « conditions désagréables, avec une pluie continue, partage Charles Schlosser, le président de l’association des Charbonniers du Fleckenstein. En octobre, il fait nuit cinq heures de plus qu’en juillet ». Un détail qui a son importance pour la surveillance de la carbonisation. « Sous l’effet de la chaleur, la meule craque, des trous se forment qu’il faut combler pour que l’oxygène ne pénètre pas dans la meule, ce qui l’embraserait. Mais la nuit, on ne voit pas tout », détaille le président, qui ne tient pas à réitérer l’expérience, tout comme d’autres membres ayant surveillé le processus.

La transmission à la jeunesse menacée

« L’été, nous avons toujours des enfants et petits-enfants de charbonniers. Dont trois Alsaciens qui viennent surveiller activement les meules depuis plusieurs années. Avec un allumage des meules en octobre, c’est toute cette transmission à la jeunesse qui est alors à l’école que nous perdons », ajoute Charles Schlosser qui tient à conserver cette dimension.

Sans allumage de meule, l’association considère que son activité perd en saveur, sans compter les pertes financières. Ce qui pourrait menacer son existence même. « On essaie d’être conciliant, mais on espère que l’administration va nous écouter enfin… », espère Charles Schlosser qui rappelle qu’« il y a 25 ans, c’était une demande de la Région de faire du charbon l’été pour animer le territoire ».

Une dimension touristique avec trois circuits de randonnée

Pour que leur projet ait une dimension touristique, les Charbonniers proposent trois circuits de randonnée (au départ de ce nouveau bâtiment) permettant de découvrir des lieux en lien avec l’histoire du charbon. Les chemins, existants, sont déjà balisés par le Club vosgien.

  • Le premier circuit, le plus court, mènera au Thalenberg, massif situé face au Fleckenstein et témoin de l’activité charbonnière : il accueillait aux XVIIIe, XIXe et XXe siècles jusqu’à 140 emplacements d’anciennes charbonnières.
  • Le deuxième circuit, transfrontalier, fera le lien avec la mine de fer de Nothweiler dans le proche Palatinat. « Si on a fait du charbon ici, c’est parce qu’il y avait les mines de fer et les forges », souligne Charles Schlosser. La randonnée revient par Schönau où était implantée la forge Gienanth, « aussi connue en Allemagne que l’est De Dietrich chez nous », rapporte le président des Charbonniers.
  • Le troisième, le plus sportif, descend dans la vallée, passe près de l’ancienne forge du Vogelsthal, du château du Froensbourg, de la verrerie des Rohan et du hameau des charbonniers Disteldorf.


Le 2e circuit passe par la mine de fer de Nothweiler dans le proche Palatinat.

texte et photo : V. Kohler – DNA