Ouverture des meules


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La Semaine des charbonniers s’est achevée hier matin par l’ouverture des deux meules dressées au pied du château de Fleckenstein à Lembach. En une quinzaine de jours, les 80 stères de hêtre sont devenus huit tonnes de charbon de bois.

Après avoir surveillé les meules comme le lait sur le feu pendant quinze jours, les charbonniers ont extrait hier matin le bois devenu charbon. Chacun dans son rôle : au plus près des meules les « extracteurs », tout autour les ratisseurs qui placent les morceaux en cercles concentriques afin de les faire refroidir, puis, en périphérie, les équipes de remplissage, de pesage et de fermeture des sacs.

L’accueil du congrès européen des Charbonniers leur ayant occasionné un surcroît de travail, les bénévoles de l’association lembachoise avaient exceptionnellement décidé de réduire la taille de l’une des deux meules qu’ils dressent au pied du château de Fleckenstein à l’occasion de leur Semaine des charbonniers estivale.

Alors qu’elle contient d’habitude 60 stères de hêtre comme sa « grande sœur », la seconde meule a été limitée à une vingtaine de stères cette année. Mais la taille n’enlève rien à la rudesse de l’activité, qui a fait vivre la vallée jusque dans les années 60, lorsque les forges nord-alsaciennes engloutissaient encore quantité de charbon de bois.

« Lui, là, il n’est pas Africain, hein ! »

Une fois allumées — en introduisant dans leur cheminée en alternance charbon de bois et braises incandescentes —, les meules requièrent en effet une attention de tous les instants : depuis deux semaines, la centaine de charbonniers et charbonnières bénévoles se sont ainsi relayés jour et nuit, vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour s’assurer du bon déroulement de la carbonisation.

Le processus dure une dizaine de jours, pendant lesquels les « Kohlebranner » doivent doser l’entrée d’air et l’évacuation de la vapeur d’eau afin d’éviter que le petit volcan qu’est la meule ne s’éteigne ou n’explose.

Et une fois le bois cuit et devenu charbon, il faut le « récolter ». Hier dès l’aube, les héritiers des charbonniers d’antan étaient une bonne soixantaine à aller au charbon — des jeunes femmes et de solides gaillards, des têtes bondes et des cheveux blancs, des traits tirés et des visages rapidement noircis par la fumée. « Lui, là, il n’est pas Africain, il est Alsacien », s’amusait ainsi le charbonnier Hubert Kettering en désignant son collègue Cédric, qui grattait la meule encore fumante.

Un ballet bien huilé

Pour séparer le charbon du sable, on utilise des râteaux à grandes dents. Afin qu’ils puissent refroidir, les morceaux sont ensuite placés en cercles concentriques, avant d’être chargés et ensachés dans de grands sacs soigneusement pesés. À 10 € les 7 kg d’un charbon de bois d’une qualité bien supérieure à celui qu’on trouve dans le commerce, la récolte s’est écoulée comme des petits pains — l’intégralité de la production avait cette année encore été préalablement réservée.

Le ballet final des charbonniers est un spectacle en soi — parfaitement huilé, au point que, la quantité à traiter étant moindre cette année, le président de l’association Charles Schlosser a vers 10 h décrété une pause générale pour éviter que les visiteurs montés au château en fin de matinée n’aient plus rien à se mettre sous les yeux… La reprise a été sonnée au cor d’harmonie par Bernard Spill, qui a fait résonner une mélodie parfaitement appropriée : Le Travail c’est la santé !


source : Florian Haby